Argumenter: Internet et vie privée

Aux Etats-Unis, les employeurs n'hésitent pas à demander à voir la page Facebook des candidats lors des entretiens d'embauche.
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Quand les employeurs demandent à voir les profils Facebook en entretien


Aux Etats-Unis, les employeurs n'hésitent pas à demander à voir la page Facebook des candidats lors des entretiens d'embauche.

WEB - D'après un article du «Time», rien ne l'interdit aux Etats-Unis...

Maintenant que les internautes sont sensibilisés aux traces qu’ils laissent sur le Net, Google paraît sans doute moins efficace aux recruteurs qui aiment «pister» les candidats. Alors aux Etats-Unis, ils se tournent directement vers Facebook, qui regorge d’informations personnelles. Outre-Atlantique, aucun employeur n’a le droit de demander à quelqu’un, au cours d’un entretien, son identifiant et mot de passe. En revanche, rien ne lui interdit d’insister auprès du candidat pour qu’il se connecte devant lui à sa Timeline et fasse un petit tour de ses posts, photos et messages, même ceux publiés à destination d’un petit cercle d’amis, rapporte un article du Time. Le magazine américain parle de «shoulder surfing», autrement dit «regarder par-dessus l’épaule».   

Une pratique qui inquiète les défenseurs de la vie privée et ceux qui luttent contre les discriminations à l’embauche. Une chercheuse de Stanford a expliqué au Time qu’il était est très difficile d’éradiquer cette pratique en raison du chômage important. «Quand vous avez un marché du travail sur lequel il y a plus de demandeurs que d’offres, vous allez assister à des choses comme exiger de voir votre mur Facebook, parce que si vous dites non, quelqu’un d’autre attend aussi pour passer le même entretien», estime Aleecia M. Mc Donald. Un des responsables de l’association américaine de la protection de la vie privée sur Internet Privacy Rights Clearinghouse, Paul Stephens, renchérit: «Si vous sentez que les autres candidats au poste vont accepter de fournir ces informations, vous n’allez probablement pas dire non».

Il donne le même conseil à tous les Américains: avant de passer un entretien, ceux qui recherchent un emploi devraient supprimer les contacts et pages qui pourraient, selon eux,  leur porter préjudice. «Les choses que les employeurs n’ont pas le droit légalement de demander [comme les origines ou la religion, ndlr] peuvent être découvertes sur Facebook», rappelle Paul Stephens. 

«Je ne vois pas en quoi un profil Facebook  est intéressant pour le recrutement»

Qu’en est-il en France? L’article L1221-6 du code du travail stipule: «Les informations demandées, sous quelque forme que ce soit, au candidat à un emploi, ne peuvent avoir comme finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles. Ces informations doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé ou avec l’évaluation des aptitudes professionnelles». Autrement dit, «on ne peut lire sur le candidat que les informations à caractère professionnel. Sur Facebook, c’est quasiment mission impossible car le personnel et le professionnel sont le plus souvent mélangés»,  précise Mathieu Prud’homme, avocat spécialisé en droit des nouvelles technologies au cabinet Alain Bensoussan, contacté par 20 Minutes. «L’accès à ces informations est susceptible de rendre le processus de recrutement discriminatoire donc illégal», ajoute-t-il. Maître Antoine Wéry, spécialisé dans les nouvelles technologies, abonde dans son sens: «C’est une intrusion dans la vie privée. On ne peut pas demander plus d’informations que ce qui est nécessaire. Un juge français sanctionnerait cela», nous a-t-il assuré.

Une charte réseaux sociaux, Internet, vie privée et recrutement

L’association A compétences égales, créée en 2006 pour lutter contre la discrimination lors de l'embauche,  a mis en place une charte réseaux sociaux, Internet, vie privée et recrutement. Celle- ci «enjoint les cabinets de recrutement, les réseaux, les entreprises à respecter l’éthique professionnelle qui consiste à prendre en compte, lors du processus de recrutement, les compétences des candidats, et rien que les compétences», peut-on lire en préambule. La charte compte à ce jour 108 signataires,  qui se sont engagés à «ne pas utiliser ces réseaux sociaux à des fins d’enquête sur des candidats, ni collecter d’informations d’ordre personnel, voire intime, même si elles sont rendues accessibles par les utilisateurs eux-mêmes, ce qui serait constitutif d’une intrusion dans leur sphère privée et une source potentielle de discrimination.» 

Si un candidat, en France, se voyait demander par un recruteur d’aller sur sa page Facebook pour y consulter des informations sans lien direct avec l’emploi proposé et ne le retenait pas pour une raison ou une autre, ce candidat «pourrait saisir les tribunaux en disant ‘On ne m’a pas retenu en raison de considérations d’ordre personnel’», selon Mathieu Prud’homme. «Mais à moins d’avoir un dossier très solide [disposer de preuves], ce n’est pas gagné», s’empresse-t-il de préciser.

>> Si lors d’un entretien, un recruteur vous demande d’ouvrir votre profil Facebook sous ses yeux, comment réagiriez-vous? Accepterez-vous de peur de perdre vos chances? Estimez-vous que cette pratique relève d’une violation insupportable de la vie privée?  


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TSR1: Temps Présent du 01/12/2011

Tsr.ch: Emission Temps Present

Ma vie à poil sur le net  


Il faut le savoir : désormais, il n’est pas rare que les recruteurs et les entreprises fassent une recherche approfondie sur Internet avant d’attribuer un job, ou même pour licencier quelqu’un. Et là : une soirée bien arrosée sur Facebook, un échange un peu vert sur Twitter, et toute la planète est au courant. Enquête sur un monde où l’intimité n’existe plus et dans lequel il est quasiment impossible d’effacer ses traces.
Au début, on en a tous un peu ri. Ces photos prises sur le vif d’une soirée de boîte envoyées à ses collègues, ces positions un peu scabreuses ou un peu compromettantes. Ou simplement un cliché qui montre que l’on a un peu forcé sur les long drinks, l’œil mi-clos, la paupière qui flotte. Puis, il y a eu la génération blog. Sympa de mettre sur le net, à disposition de ses potes, des opinions, des récits, des impressions personnelles. Un blog, c’est fait pour se lâcher, n’est-ce pas?
Tout cela, les promoteurs de Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux l’ont bien compris. La grande toile, c’est le déversoir des intimités, la médiatisation mondiale et instantanée des destins anonymes. Des milliards d’êtres humains prêts à livrer leurs galipettes, leurs misères ou leurs opinions en pâture. Seulement voilà : la gueule de bois est annoncée, et elle sera douloureuse. Le marché de l’emploi, d’abord, use et abuse du net pour vérifier les CV’s, se faire une opinion sur les candidats, voire les disqualifier. Des salariés, des militants politiques, se sont vus licencier pour avoir laissé traîner sur la toile des témoignages peu appréciés de leurs employeurs. D’autres ont vu leur réputation broyée, quand ce n’est pas carrément des poursuites pénales, souvent injustifiées.
Car l’ennui, avec Internet, c’est que les traces sont presque indélébiles. Qu’elles soient à notre avantage ou qu’elles nous nuisent, nos empreintes sur le net laissent un sillon toute une vie et sont relayées sans fin, sans qu’il soit possible de mettre la main sur un responsable qui puisse arrêter la machine. A moins de recourir aux services de spécialistes, dont c’est le nouveau métier, qui vont peut-être, à prix d’or, vous permettre de sortir de la toile et retrouver les délices de l’anonymat.
Zattoo / avec mot de passe











Ma vie à poil sur le net  

Il faut le savoir : désormais, il n’est pas rare que les recruteurs et les entreprises fassent une recherche approfondie sur Internet avant d’attribuer un job, ou même pour licencier quelqu’un. Et là : une soirée bien arrosée sur Facebook, un échange un peu vert sur Twitter, et toute la planète est au courant. Enquête sur un monde où l’intimité n’existe plus et dans lequel il est quasiment impossible d’effacer ses traces.



Au début, on en a tous un peu ri. Ces photos prises sur le vif d’une soirée de boîte envoyées à ses collègues, ces positions un peu scabreuses ou un peu compromettantes. Ou simplement un cliché qui montre que l’on a un peu forcé sur les long drinks, l’œil mi-clos, la paupière qui flotte. Puis, il y a eu la génération blog. Sympa de mettre sur le net, à disposition de ses potes, des opinions, des récits, des impressions personnelles. Un blog, c’est fait pour se lâcher, n’est-ce pas?


Tout cela, les promoteurs de Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux l’ont bien compris. La grande toile, c’est le déversoir des intimités, la médiatisation mondiale et instantanée des destins anonymes. Des milliards d’êtres humains prêts à livrer leurs galipettes, leurs misères ou leurs opinions en pâture.  Seulement voilà : la gueule de bois est annoncée, et elle sera douloureuse. Le marché de l’emploi, d’abord, use et abuse du net pour vérifier les CV’s, se faire une opinion sur les candidats, voire les disqualifier. Des salariés, des militants politiques, se sont vus licencier pour avoir laissé traîner sur la toile des témoignages peu appréciés de leurs employeurs. D’autres ont vu leur réputation broyée, quand ce n’est pas carrément des poursuites pénales, souvent injustifiées.




Car l’ennui, avec Internet, c’est que les traces sont presque indélébiles. Qu’elles soient à notre avantage ou qu’elles nous nuisent, nos empreintes sur le net laissent un sillon toute une vie et sont relayées sans fin, sans qu’il soit possible de mettre la main sur un responsable qui puisse arrêter la machine. A moins de recourir aux services de spécialistes, dont c’est le nouveau métier, qui vont peut-être, à prix d’or, vous permettre de sortir de la toile et retrouver les délices de l’anonymat.
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Respect de la vie privée: Facebook prend position contre les employeurs qui utilisent Facebook.
Chronique sur Europe 1:  ici